Yates – Un Eté à Cold Spring

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Il y a des personnages de fiction que l’on oublie difficilement. Parfois parce que l’on s’identifie à leurs caractères ou à ce qu’ils vivent mais après tout c’est le propre du roman que de générer de l’empathie me direz vous… Mais parfois c’est encore plus fort, plus insidieux, lorsque vous vous apercevez que les échos de leurs réflexions et leurs doutes s’immiscent dans votre propre conscience. Nés sous la plume mélancolique et pleine de compassion de Yates, le couple Wheeler de la Fenêtre Panoramique, les soeurs Grimes de Easter Parade font partie de cette catégorie de personnages. Les Shepard et les Drake, héros d’Un été à Coldspring sont de cette même veine.

“Evan avait pris l’habitude de rouler sans but, le soir, et de ruminer dans le noir, le visage grave. C’était bien de vivre avec une jolie fille folle de vous, aucun doute là-dessus. Mais cela donnait aussi à réfléchir. Était-ce la tout ce qu’on pouvait attendre de la vie ? “

Charles Shepard est un militaire retraité malgré lui. Trahi par ses yeux, il est contraint d’être reformé au tout début de la 1e Grande guerre. Sa femme sombre dans l’alcoolisme au même moment et leur fils Evan est une séduisante brute qui n’arrive à faire preuve de calme et d’intelligence uniquement lorsqu’il a la tête plongée sous le capot d’une voiture. Gloria Drake est divorcée, elle (sur)vit avec ses deux enfants dans un appartement miteux de New York grâce à sa pension alimentaire. Le benjamin, Phil est un jeune adolescent frustré et taciturne. L’aînée Rachel est une jeune femme douce et naïve. Lorsqu’Evan, après un premier mariage raté, rencontre et tombe amoureux de Rachel, les vies des 2 familles vont s’entremeler et produire fracas et ressentiments.

“[Rachel] ne pleurait pas, et elle ne le regardait pas, mais une marque rose foncé découpée comme une carte du Texas s’étalait sur sa joue. Et il comprit qu’il fallait qu’il s’en aille, ou il la frapperait encore”

Impossible pour moi de cacher mon goût pour les récits et le style de Yates. Un été à Cold Spring livre un portrait désenchanté et fascinant sur la famille, le mariage, les trajectoires individuelles contrariées. Comme toujours avec Yates, c’est subtil, franc, élégant et tristement bouleversant.

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