Yates – Onze Histoires de Solitude

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Pour ceux qui passent régulièrement sur Soul Burger, pas besoin de présenter Richard Yates, auteur au talent immense à mon humble avis. Une plume séduisante, une capacité extraordinaire à mettre en scène l’ordinaire, à donner vie à des personnages touchants et à explorer les méandres de l’esprit, voilà les principales qualités de Yates. Onze Histoires de Solitude est un recueil de nouvelles qui porte sur deux des thèmes de prédilection de l’auteur : la solitude et l’échec.

“Les filles décidèrent qu’il n’était pas très joli et se détournèrent, mais les garçons poursuivirent leur examen, et sur leurs visages naissaient de petits sourires.”

La première nouvelle, “Docteur Jeu de Quille” évoque les difficultés d’intégration du jeune Vincent Sabella, fraîchement débarqué dans une nouvelle ville et une nouvelle école. “Tout le bonheur du monde” se déroule la veille du mariage de Grace et Ralph. Avant de s’unir à vie, le couple est déjà dans l’incompréhension et chacun semble étranger aux désirs de l’autre. “Sans peur et sans reproche”, probablement ma nouvelle préférée de l’ouvrage, nous dépeint un passage de l’existence de Walter, un personnage quelque peu masochiste, fasciné et irrésitiblement attiré par l’échec. On sent aussi une oeuvre ancrée dans l’après-guerre et une Amérique en pleine mutation; “Le mitrailleur” met en scène un héros paumé, acient soldat en manque d’action ressassant sans cesse ses souvenirs de l’armé. De même l’action de “Fini l’an ‘ieux ‘ive l’an neuf !” se déroule dans un hôpital d’anciens combattants. Ou encore “Une petite fête pour Noël” qui met en avant deux institutrices, chacun symbole d’une époque. L’une représente une époque révolue où les mots d’ordre sont respect, distance et morale et l’autre qui se caractérise par la proximité, l’échange et la bonne humeur.

“Il était indéniable que le rôle de bon perdant avait toujours eu pour lui un attrait immodéré. Pendant toute son enfance, il s’y était spécialisé, perdant crânement des combats contre des garçons plus forts, jouant mal au football dans le secret espoir d’être blessé et théâtralement emmené hors du terrain.”

Oeuvre d’une grande intelligence, plein de lucidité et de mélancolie sans tirer sur la corde sensible – car il sait mettre en lumière et distancier. Yates livre encore un petit bijoux, il montre qu’avec peu de lignes on peut dire beaucoup. Eric Neuhoff, critique littéraire, écrivait il y a quelques temps “Les Prix Littéraires ? Donnez-les tous à Richard Yates”, plus je découvre son oeuvre, plus je partage cette opinion…

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