Kundera – L’Ignorance

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Kundera est un des plus grands écrivains contemporains. Son oeuvre d’abord en tchèque, puis en français est remarquable avec des oeuvres marquantes comme L’Insoutenable Légèreté de l’Etre . Après La Lenteur et L’Identité , L’Ignorance est le troisième roman de son cycle francophone, c’est une oeuvre sur l’exil, la mémoire, l’émigration et la nostalgie.

“C’est là que le malentendu commence : ils n’ont pas les mêmes souvenirs; tous deux gardent de leurs rencontres deux ou trois petites situations, mais chacun a les siennes; leurs souvenirs ne se ressemblent pas, ne se recoupent pas; et même quantitativement, ils ne sont pas comparables : l’un se souvient de l’autre plus que celui ne se souvient de lui; d’abord parce que la capacité de mémoire diffère d’un individu à l’autre (ce qui serait encore une explication acceptable pour chacun d’eux) mais aussi (et cela est plus pénible à admettre) parce qu’ils n’ont pas, l’un pour l’autre la même importance. Quand Irena vit Joseph à l’aéroport, elle se rappelait chaque détail de leur aventure passée; Joseph ne se rappelait rien. Dès la première seconde, leur rencontre reposait sur une inégalité injuste et révoltante.”

Eté 1968, les chars soviétiques avancent sur Prague. De nombreux Tchèques fuient le pays. Le roman débute en 1989 et on suit les trajectoires de deux personnages; Irena et Josef. Irena s’était exilée en France avec son mari. Devenue veuve, elle refait sa vie avec un Suédois. Josef s’est installé au Danemark, il est veuf depuis peu et hanté par le souvenir de son épouse. Les deux personnages, poussés par leurs entourages respectifs décident de retourner dans leur pays d’origine. Ils croisent à l’aéroport de Paris, elle se souvient de lui, de leur courte romance passée, elle décide de l’aborder. Lui ne se souvient de rien, mais pour ne pas la froisser, il ne l’avouera pas. Chacun de leur coté, ils vont retrouver leur ville, leurs amis, leurs familles. On les suit tour à tour jusqu’à ce qu’ils soient réunis dans une chambre d’hôtel.

“Sur l’avenir, tout le monde se trompe. L’homme ne peut être sûr que du moment présent. Mais est-ce bien vrai? Peut-il vraiment le connaitre, le présent? Est-il capable de le juger? Bien sûr que non. Car comment celui qui ne connait pas l’avenir portait-il comprendre le sens du présent? Si nous ne savons pas vers quel avenir le présent nous mène, comment pourrions-nous dire que ce présent est bon ou mauvais, qu’il mérite notre adhésion, notre méfiance ou notre haine?”

La plume de Milan Kundera est lucide, séduisante, réfléchie et justement imagée. Comme toujours, le récit est aussi ponctué par les réflexions de l’auteur et l’intention quasi-pédagogique de sa démonstration, fondée sur le parallèle avec la première oeuvre remarquable sur le thème de l’exil et du grand retour : l’Odyssée d’Homère. Une lecture à recommander, comme toute l’oeuvre de Kundra à vrai dire…

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