Divakaruni – Ma soeur, mon amour

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Bien qu’étant de culture indienne, je n’ai découvert la littérature indienne que tardivement. Parmis la pléthore d’écrivains méconnus ici en France, Chitra Banerjee Divakaruni est probablement mon auteure préférée. Certes elle a fini ses études en Californie, elle travaille et vit à Houston mais son œuvre est marquée par les parfums et les couleurs, la culture et les mythes de l’Inde. En 1995, elle remporte le prix de l’American Book Award pour son recueil de nouvelles Mariage Arrangé. En 1997 sort La Maîtresse des Epices qui sera adapté au cinéma en 2005 avec Aishwarya Rai dans le rôle principal. En 1999, elle publie Ma Sœur, Mon Amour , qui selon est selon moi son plus beau roman.

“- Voilà pourquoi Anju est ma jumelle, vous comprenez ?” a dit Sudha, et j’ai eu l’impression qu’elle parlait autant à sa mère qu’à tante Sarita. “Parce qu’elle m’a fait venir au monde.” Et elle m’a passé le bras autour du cou, ma cousine d’habitude si placide, et elle a souri, un sourire resplendissant qui a laissé les deux femmes sans voix.

Anju et Sudha sont deux cousines, elles naissent à quelques heures d’intervalle et sont quasiment des sœurs. Elles vivent sous un même toit avec leurs mères et leur tante Pishi, toutes les 3 veuves. Sudha est belle, rêveuse, douce, romantique et à l’écoute des autres. Anju est banale, révoltée, fière et pragmatique. Ma Sœur, Mon Amour est un roman à deux voix, d’un chapitre à l’autre Anju et Sudha prennent la parole tour à tour pour nous dévoiler leurs vies, nous faire découvrir les êtres qui y prennent part et leur environnement. On traverse avec elles une enfance heureuse mais marquée par l’absence des pères et de lourds secrets de famille, l’adolescence avec ses premiers émois et rebellions puis enfin la rupture brutale de l’âge adulte. Sudha sera confrontée à un mariage difficile et au traditionalisme Indien tandis qu’Anju devra faire face à l’éloignement et à un nouveau pays.

Va-t’en, va-t’en, laisse moi tranquille.
Combien de temps ai-je pleuré, et quand les larmes se sont-elles taries ? A présent, le rire jaillit de moi, à gros éclats amers, parce que le passé ne’est ni fiable ni solide, que ce n’est pas l’énorme banyan aux solides racines auquel Pishi m’a toujours fait croire. Le passé est une grande roue, comme celle de la foire de Maidan. Une grande roue géante, lancée de plus en plus en vite par mon père jusqu’à ce qu’il en perde le contrôle. Jusqu’à ce qu’elle s’arrache de terre, et fonce dans le vide du ciel jaune et chaud.

La plume de Divakaruni nous entraîne dans une Inde emprunte de légendes chantantes, de couleurs vives et de parfums envoûtants mais aussi dans une réalité dure et parfois révoltante. Ma Sœur, Mon Amour est un beau roman, touchant, marquant et remarquablement écrit. Un conte sur l’Inde et ses femmes tissé avec le fil de l’amour fraternel qui lie Anju et Sudha. En tant qu’homme je regrette simplement l’absence de complexité/d’analyse des personnages masculins… Néanmoins, cela reste un livre à lire absolument !

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