Carver – Les Trois Roses Jaunes

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J’ai découvert Raymond Carver avec Débutants. J’ai été immédiatement séduit par son style direct, minimaliste et distancié où l’on sent l’influence d’écrivains comme Richard Yates. Carver est probablement l’un des meilleurs nouvellistes de la seconde moitié de 20e et ce n’est pas pour rien que les éditions Points ont mis en place un cycle Carver et édité l’intégralité de ses oeuvres en 2013. Il est souvent question de l’ordinaire de perdants magnifiques dans les histoires de Carver. Les Trois Roses Jaunes (Where I’m Calling From en V.O.) ne déroge pas à cette règle, il s’agit d’un recueil de nouvelles qui mettent en scène des tranches de vies d’anonymes aux destins banalement tragiques.

« -Vous êtes rudement bien fringuée, a-t-il dit.
– Je quitte mon mari, a dit ma femme.»

Dans les Cartons, il est question de l’incompréhension entre générations : un fils essaie de saisir le comportement de sa mère, nomade et éternelle insatisfaite. En partant d’un coup de fil on débouche sur des questions existentielles et sur la fragilité de la vie dans Débranchés. Intimité met en scène un homme qui retourne voir son ex-femme. Il essuiera ses insultes puis les deux personnages seront dans la confusion des sentiments la plus totale des pages durant. Dans L’éléphant, on nous présente un névrosé, alcoolique, complètement fauché car il subvient aux besoin de son ex-femme, de sa mère et de son bon-à-rien de frère. Le narrateur de Menudo réfléchit aux vies qu’il a gâché. Celui de Les Bouts des doigts s’interroge sur le départ de sa femme, partie en laissant une lettre énigmatique. Enfin dans Les Trois roses jaunes, seule nouvelle où il n’est pas question d’un inconnu, Carver rend hommage à Tchekhov et nous dépeint avec force et émotion les derniers jours du génie Russe.

«Ton cœur, je le connais comme ma poche, ne l’oublie pas. C’est une jungle, une forêt noire. Une vraie poubelle, en un mot.»

Carver sait rendre l’ordinaire digne d’intérêt. Il arrive à nous faire partager les joies et les doutes de ses personnages, à nous faire cerner leurs ambiguitiés et leur multiplicité. Tant et si bien qu’on finit toujours par s’identifier. A lire, surtout que c’est court !

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