Carver – Débutants

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Lorsque Raymond Carver décède en 1988, le London Times titrait alors “Le Tchekhov Américain est mort”. L’auteur d’origine modeste, se marie tôt, et avant la consécration il enchaîne petits boulots, publications moyennes, séjours en cures de desintox pour alcoolisme. Il connaît le succès tardivement en 1981 avec la publication du recueil What we talk about when we talk about love (Parlez-moi d’amour en VF). Gordon List, l’éditeur décide d’amputer le manuscrit initial d’une partie des nouvelles soumises par Carver. En 2010, Points publiait l’intégralite de ce qu’aurait du être l’oeuvre de Carver sous le titre de Débutants.

« – Bon, j’éteins cette fichue télé et je mets un disque, annonça Max. Mon tourne-disque est à vendre aussi. Pas cher. Dites un chiffre. »
Il se versa de nouveau du whisky et ouvrit une bière.
« Tout est à vendre. »

Carver s’intéresse aux personnages qu’il connaît le mieux : ces hommes et ces femmes qui touchent le fond et essaie de sortir de leurs conditions insupportables. La force de ces récits est de les saisir dans leurs complexité et leurs difficultés dans des instants ordinaires: un dialogue téléphonique, un dîner entre amis, un vide grenier etc…

“Il eut soudain l’impression d’avoir vécu la presque totalité de sa vie sans prendre une seule fois le temps de s’arrêter pour réfléchir à quoi que ce soit, et cela lui causa un choc terrible et accrut encore le sentiment qu’il avait de son indignité.”

Carver offre des tableaux maussades et mélancoliques qui vous prennent à la gorge. Il passe en revue, le manque d’amour, l’absence d’argent, les problèmes familiaux. On s’interroge avec lui et ses personnages. Jusqu’où peut tomber un individu dans son existence, et s’il échappe à sa chute, pour aller où ? Pour faire quoi ? On s’élève dans la réflexion pour finalement tomber dans la noirceur de constats d’une lucidité éclatante et dérangeante : la solutide de la condition humaine, l’impossibilité d’échapper à l’échec, l’irréparabilite de nos erreurs etc… A lire, si vous n’êtes pas sous Prozac !

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