Auster – Sunset Park

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Paul Auster a connu un succès fulgurant au début de la décennie 90, porté notamment par Moon Palace ou Léviathan. L’auteur a un talent indéniable pour construire des romans cohérents, structurés, sa plume est envoûtante et il distille savamment le suspense dans ses oeuvres. Mais depuis 20 ans, il y a d’un coté les fans irréductibles qui se jettent sur chacun de ses romans et de l’autre ceux qui lui reprochent de ne pas avoir su évoluer. Il avait déjà fait taire certains critiques avec Invisible en 2010, cette fois avec Sunset Park il met tout le monde d’accord.

“Même maintenant, il ne peut pas décider s’il l’a fait exprès ou pas. Il ne fait aucun doute qu’il a poussé Bobby, qu’ils se disputaient tous les deux et que, dans sa colère, il l’a poussé, mais il ne sait pas s’il l’a poussé avant ou après avoir entendu la voiture qui arrivait en face, ce qui signifie qu’il ne sait pas si la mort de Bobby est accidentelle ou si, secrètement, il a essayé de le tuer. Toute l’histoire de sa vie dépend de ce qui s’est passé ce jour-là dans les monts Berkshire, et il n’arrive toujours pas à savoir avec certitude s’il est coupable d’un crime ou pas”

Ce “il” dont il est question dans l’extrait ci-dessus c’est Miles Heller, le jeune New-Yorkais héros du roman. Alors que l’Amérique subit de plein fouet la crise des subprimes, Miles est rongé par la culpabilité suite à la mort de son demi-frère lors d’un accident dont il se sent responsable. Il plaque tout, famille, études et part sur la route. Il enchaîne les petits boulots, traverse le pays pendant 7 ans. Enfin, il revient à Brooklyn, plus précisément à Sunset Park, un lieu délabré donnant sur un cimetière abandonné puis squatte une maison qui tombe en morceaux. Il y retrouvera d’autres paumés, déçus, perdants du rêve américain et indignés qui seront ses compagnons d’infortune.

“C’est le chevalier de l’indignation, le champion du mécontentement, le pourfendeur militant de la vie contemporaine, et il rêve de forger une réalité nouvelle sur les ruines d’un monde qui a échoué. Contrairement à la plupart des dissidents de son espèce, il ne croit pas à l’action politique. Il n’adhère à aucun mouvement, à aucun parti, il n’a jamais pris la parole en public et n’a aucun désir de conduire dans les rues des hordes en colère qui mettront le feu à des bâtiments et renverseront des gouvernements.”

Sunset Park est un roman sur la crise, économique mais surtout personnelle, sur le doute mais aussi sur la réconciliation. C’est un beau roman, amer et parfaitement écrit. Il a aussi le mérite de nous faire découvrir ces personnages à contre courant de la société moderne et de sa frénésie, et une autre facette méconnue de New York. Une lecture à recommander donc…

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